Claude ABAD
La peinture silencieuse de Claude ABAD.
Certains tableaux de Claude ABAD déplacent le commentaire qu’un premier regard pourrait en donner. Ils ne sont jamais tout à fait dépouillés, au contraire, la peinture s’y présente comme une peau qui recouvre, retient et renvoie la lumière, offrant son grain et laissant à jour ça et là des déchirures. Lisse ou ansérine peau née d’une même teinte aux nuances d’ombres et de clartés où prennent place de petits surgissements, réserves d’éclats colorés, striés, à vif, issus d’un travail antérieur pour créer un espace alors qu’ils viennent d’un autre temps. Une peau – plus un manteau qu’un miroir – habitée de lignes, courbes, brisées qui donnent la dimension et la trajectoire de gestes sans retour. Austère manteau qui retient le souffle d’une double apparition, intersection de vitalité et de sagesse qui se retrouvent à même la surface, offertes sans commencement ni fin... Tout reprend le dessus. La peinture est seule tel celui qui regarde. Toutes références au réel demeurent silencieuses et inattendues. L’œil et la main ont su habilement se préserver d’intentions que nous tentons d’interroger.
Peinture dont le mutisme nous oblige à faire face, son seuil ressaisi, elle rassemble notre présence et nous retient dans sa seule réalité dont nous ne cherchons pas à sortir.
G. DRANO
Sa démarche artistique
Ma démarche de création consiste dans un premier temps à produire un foisonnement dense de peinture projetée à plat sur la toile posée au sol, technique proche de "l’action painting" (Pollock) où je laisse s’exprimer le plus possible toutes les pulsions premières réveillées par la musique de jazz (musique improvisée, rythmes, free-jazz). J’arrête quand la toile est saturée de couleurs, de graphismes, de matières, et que j’ai obtenu un fond gestuel riche de départs possibles, de supports à l’imaginaire.
Deuxième temps : la toile, une fois tendue sur chassis est posée verticalement et commence un lent travail d’élaboration beaucoup plus calme. Petit à petit, je tire de ce chaos de couleurs, graphismes, matières, un fil : en l’occurence un trait blanc ou noir qui permet de déméler l’écheveau. Autour de ce trait s’organise le monde, la surface peinte. Par un travail de recouvrement qui laisse deviner le premier état du travail, il s’agit d’arriver à créer un monde étrange et mystérieux, contemplatif, où tout est suggéré, ressenti, évoqué avec le moins de choses possibles.
Ma peinture s’adresse davantage à la sensation, à l’émotion, au poétique, qu’au raisonnement, à l’explication rationnelle. Elle s’inscrit dans une mouvance abstraite, mieux : non figurative. Il n’y a aucune représentation à rechercher, pas de forme qui voudrait évoquer des personnages, des objets. La peinture est présence.
Je mets des titres pour mémoire pour garder trace de ce qui a été le départ du tableau, l’idée première, pour rattacher l’oeuvre à un fait matériel, réel.
C. ABAD